CRDA
Cercle de Réflexion pour le Développement en Afrique
COLLOQUE DU 18 JUIN 2005
Acte n°1 :
Mot de bienvenue
Discours d'ouverture.
THEME : La Crise de l'Etat en Afrique et le développement en question
Le continent africain a subi au cours de deux derniers siècles des chocs considérables : avec la colonisation, des royaumes ont été détruits, ou vassalisés, des frontières ont été tracées, des administrateurs, des juges, des militaires, prêtres et des pasteurs ont importé des normes et des idées radicalement nouvelles.
Force est de constater que le spectacle donné par le continent noir conforterait, s'il en était besoin, les afro pessimistes. Les Etats se battent entre eux ; les peuples se dressent contre d'autres peuples, sans oublier les relents des conflits tribaux.
Face aux conflits africains, l'opinion mondiale est peu ou prou dans une position similaire. A lire les journaux, à écouter la radio, à regarder la télévision, il n'y a en Afrique que des « guerres ethniques ».
« Ethniques », les conflits africains seraient également « sanglant et barbares ». Ils le sont, c'est certain.
En définitive ne risque – t – on pas de cultiver en négatif « l'exception africaine », celle d'un continent voué aux conflits qui constitueraient un des rares angles d'étude, avec la grande pauvreté, sa marginalisation à l'économie mondiale ou la mauvaise gouvernance, digne d'intérêt pour les chercheurs et la communauté internationale ?
Il y a une source d'ambiguïté encore aggravée par l'incertitude du sens à donner au terme « conflits ». Peut-on assimiler les conflits armés, sanglants et les crises politiques ou constitutionnelles ? A moins de considérer qu'il y aurait un fil conducteur dont on se doute qu'il tiendrait au facteur ethnique, mais on connaît aussi les limites d'une telle voie.
Pourquoi le dysfonctionnement de l'Etat et quelle modernité pour l'Afrique ?
L'Afrique donne l'impression de s'enfoncer dans une fatalité de désespoir. Plus que jamais les pays sont dépendants de l'occident et ce malgré la richesse d'un sous-sol convoité de plus en plus par les rapaces de l'économie mondiale.
Il y a toutefois les raisons de revenir sur les conflits en Afrique. Ce continent est l'un des plus touchés par une suite ininterrompue de guerres permanentes et de violences les plus folles.
L'Afrique est traversée de ces conflits qui n'opposent plus seulement les Etats et leurs armées régulières mais des milices, des demi-soldes, des populations à la fois victimes, acteurs et objectifs, manipulées par de nouveaux seigneurs de guerres, atypiques, se jouant des frontières et des règles élémentaires posées par les conventions internationales, parfois liées aux grands systèmes financiers internationaux informels.
Dans le même temps, et dans un paysage désespéré et tout aussi désespérant, force est aussi de constater que les initiatives se multiplient pour sortir de l'impasse :
Initiatives d'autant plus intéressantes qu'elles insistent toutes sur la nécessité d'être maître de son destin et qu'il est temps que les africains se prennent en main sans plus attendre désormais la bonne volonté des occidentaux.
Ne considère- t – on pas que ce continent est en situation « d'extrême urgence de la paix » ? Cette situation remet en cause un certain nombre de modèles d'analyses et de modes de gestion à l'épreuve, quelle que soit la bonne volonté des protagonistes, les meilleures intentions et proclamations pour trouver des issues, comme en témoignent les difficultés auxquelles se heurtent les organisations régionales africaines ou, dans un autre ordre d'idées, le droit et les juristes sont pris en tenaille entre les obligations de la légalité et les exigeantes aspirations de la légitimité.
Les bouleversements liés à la décolonisation n'ont pas été moindres. Le continent est donc marqué par l'instabilité et la violence, et plusieurs embrassements meurtriers se sont produits au cours de la dernière décennie.
En déroute pour les uns ou en renaissance pour les autres, les regards portés sur le continent noir n'utilisent pas nécessairement la même grille de lecture. En fait, le décodage des réalités africaines exprime une multitude de composantes enchevêtrées (telles que) :
Politique, ethnique, militaire, économique, sociale, religieuse et culturelle.
Pour ces différentes raisons, les pouvoirs politiques ont à cet égard une responsabilité majeure qu'ils ne sauraient étudier au non de la lutte contre sous développement, la pauvreté ou la dépendance ; trop de conflits récents et dont certains ne parviennent pas à être résorbés ne sont-ils pas aussi la manifestation de cette trahison des clercs et des dirigeants... que le tribunal de l'histoire va juger sévèrement ..., en attendant celui des hommes et de droit international ?
De ce fait, combien de ces conflits, nouveaux ou non, prennent leur source dans les ravages causés par un régime dictatorial ou dans les troubles dus à un déficit de démocratie, c'est-à-dire au manque de tolérance et de respect de l'autre que celle-ci postule et encourage ?
La crise multidimensionnelle que connaît l'Afrique aujourd'hui fait l'objet d'un constat unanime :
L'Etat post-colonial et le système de parti unique apparaissent comme les responsables principaux des phénomènes de destructions qui touchent les sociétés africaines.
La fin de la guerre froide et la disparition des blocs ont eu, parmi d'autres, une conséquence dont la communauté internationale n'a pas su prendre les justes mesures. Les espoirs nés en Afrique à la seconde guerre froide n'ont pas duré :
Guerre civile, les groupes armés à l'assaut des Etats, le jeu des alliances transfrontalières, pillage des richesses et diamants de sang, les coups de force et le recours aux armes, comme mode d'expression politique.
La prise de conscience de cette instabilité politique ramène « Le Cercle de Réflexion pour le Développement en Afrique » à organiser une soirée de réflexion sous forme d'un colloque afin de répondre aux difficultés que rencontrent le continent africain aujourd'hui telles que :
Pourquoi le sous-développement ? Quelle modernité politique pour l'Afrique ? Quelle démocratie pour l'Afrique demain ? Comment sortir de la crise africaine ? L'Afrique peut-elle se développer demain ? L'Afrique doit-elle avoir peur de la mondialisation ?
Ces questions seront abordées afin de contribuer à l'édifice du développement africain.
Par Martin KUENGIENDA / Président du CRDA